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Les opérateurs télécom doivent trouver le courage d’augmenter leurs prix

Après quelques années fastes, correspondant au déploiement intensif des infrastructures de fibre optique en France, la filière télécom se retrouve confrontée aux mêmes maux qu’il y a quelques années avec le dégroupage de l’ADSL. Les grands opérateurs font appel à des sous-traitants, le plus souvent (très) mal payés, avec des prix au raccordement extrêmement bas. Ce qui met la pérennité de ces entreprises en danger au point qu’elles se demandent aujourd’hui si elles pourront “passer l’hiver”.



Fatalement, et a fortiori dans un contexte inflationniste, les acteurs de ce marché, qui sont parfois de très petites entreprises, souffrent énormément. Les conséquences sont multiples, comme l’a rappelé récemment Infranum par la voix de son président, Ph. Le Grand. Tout d’abord, les prestataires arbitrent avec d’autres types de missions (hors télécom) moins contraignantes et mieux payées. Ensuite, la qualité s’en ressent, puisque les prix sont forfaitaires, le temps passé est donc un critère essentiel et on sait à quel point les problèmes de qualité impactent aujourd’hui l’image et le développement de la fibre optique dans les régions françaises. Enfin, face aux difficultés de recrutement, le calcul est vite fait. S’il s’agit de perdre de l’argent chaque jour et à chaque raccordement, il est préférable de refuser les marchés proposés par les grands opérateurs de télécommunications et se tourner vers d’autres activités.


Comment peut-on encore en arriver là, pourtant instruits des échecs de l’ADSL ? La réponse est simple : la guerre des prix des abonnements que se livrent les principaux opérateurs.


Ces derniers n’ont de cesse que de se battre sur le terrain des prix des abonnements de Fibre Optique. Aujourd'hui, si on est un particulier, on peut naviguer d’offre de 12 mois en offre de 12 mois et ne jamais payer plus que 19 ou 20 Euros mensuels. Quand on est un professionnel ou une PME, avec moins de 40 Euros HT, on a une offre aux débits très confortables avec une GTR. Quant aux grandes entreprises, le prix des offres dédiées a également énormément baissé pour un service extrêmement performant et des GTR de 4 heures.


Le marché des services télécoms est un marché de volumes. Plus il y a de clients sur une infrastructure aux coûts principalement fixes et plus grandes est la rentabilité. Mais tout de même. Les télécoms, et notamment l’Internet Très Haut Débit, sont-ils devenus des services à si faible valeur ajoutée et, surtout, les opérateurs ont-ils si peu d’arguments pour se différencier qu’il ne leur que le prix comme argument de vente ?


On assiste à une perte de valeur dramatique sur ce marché de très haute technologie, même s’il s’agit d’un marché de masse. Les quatre grands acteurs développent de nouveaux services. OBS devient une ESN. Les télécoms elles-mêmes ne sont plus qu’un moyen, une “utility” dont les clients ont été habitués à ne rechercher que le prix.


Bien entendu, le client est le “grand gagnant” de cette guerre sans fin. Mais quand il y a des gagnants, il y a aussi généralement des perdants. Et ils sont nombreux : les salariés de la filière, les entreprises sous-traitantes, les opérateurs de petite ou moyenne taille qui ne peuvent évidemment pas s’aligner sur ces prix aussi dérisoires. Sans parler de l’investissement qui pâtit de cette valeur ajoutée particulièrement faible.


Et enfin, les opérateurs eux-mêmes qui se traînent en bourse, sans parler de ceux qui y renoncent carrément. Les derniers résultats d’Orange montrent une baisse du chiffre d’affaires réalisés en France, sur un marché certes mature, mais qui reste marqué par l’innovation et une demande soutenue.


Le consommateur / électeur est le principal bénéficiaire de cette grande liberté laissée aux acteurs économiques. A titre d’exemple, les pratiques de certains opérateurs dans le cadre des RIP Fibre Optique sont très contestables et d’ailleurs contestées. Le flou entretenu par Orange sur le devenir de l’ADSL accroît l’incertitude et la distorsion du marché. C’est une chose de dire qu’à telle date, il n’y aura plus de réseau cuivre, ç’en est une autre de dire précisément comment cela va se passer et garantir que ce réseau ne sera pas utilisé pour protéger les parts de marché de l’opérateur historique à coûts de cadeaux commerciaux sur une infrastructure amortie depuis très longtemps.


Les acteurs de la filière se plaignent et c’est légitime. Mais, au lieu de blâmer encore et toujours les “gros consommateurs de bande passante” que sont les Google, Netflix et consorts, sans lesquels les abonnements à Internet auraient quand même moins d’intérêt, ils devraient demander aux opérateurs et aux pouvoirs publics d’entamer une vraie réflexion sur le rôle de ces grands opérateurs d’infrastructures quand ils sont également fournisseurs de services, et sur la valeur ajoutée réelle qu’ils accordent à leur métier et à leurs offres. Car si les clients payaient un peu plus cher leurs abonnements, si les Frais d’Accès au Service n’étaient pas presque systématiquement offerts, les opérateurs auraient un peu plus de ressources pour payer leurs sous-traitants.


Le consommateur et son intérêt semblent être devenus des valeurs cardinales, au mépris des règles de base de l’économie de marché. Le même constat est fait par les producteurs agricoles, notamment laitiers, et dans bien d’autres secteurs. Il faut évidemment protéger le consommateur, mais il faut aussi préserver les intérêts des acteurs du marché et de tout le secteur. C’est la garantie d’équilibres pérennes et profitables à tous.


Christel Heydeman, la dirigeante d’Orange, estime que la fin de l’ADSL corrélée à une couverture de 100% en fibre optique n’est pas tenable. Elle milite pour des solutions alternatives qui permettront de combler les quelques pourcents de lignes qui ne pourront être fibrées. Le plus souvent, ces offres alternatives sont proposées par des opérateurs locaux, de taille moyenne ou petite, généralement issus de RIP radio. Toutefois, la concurrence démentielle imposée par l’opérateur historique en termes de prix met à mal la santé économique de ces acteurs alternatifs.


Des prix sensiblement plus élevés pour les abonnements Internet THD permettraient d’injecter de la valeur dans toute la filière, de laisser de l’espace pour les offres alternatives dont le système a besoin et de favoriser l’investissement.

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